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Conséquence du rachat des actifs d’Anadarko par Chevron : Les majors, une main sur les plus gros gisements algériens

L’acquisition récente d’Anadarko par la compagnie américaine Chevron aura des répercussions indéniablement sur l’amont algérien. En effet, à travers cette absorption, Chevon qui devient après Exxon Mobil la plus grande compagnie dans le monde cotée en Bourse en termes de production de brut, reprend de facto les actifs algériens d’Anadarko en Algérie.

La compagnie américaine Anadarko, rappelons-le, dispose des plus gros intérêts pétroliers en Algérie à travers ses participations dans les gisements de brut d’HBNS, Ourhoud et El Merk, situés au sud-est.

Ces champs sont les plus gros gisements de pétrole découverts en partenariat à partir des années 1990. Anadarko dispose aujourd’hui, grâce à ces champs, d’une production de 260 000 barils/jour de pétrole, soit plus de 25% de la production de pétrole de l’Algérie.

Ceci dit, Sonatrach détient néanmoins un droit de préemption sur ces champs. Ce qui veut dire que la cession des actifs d’Anadarko en Algérie au profit de Chevron ne peut s’effectuer sans l’autorisation de la compagnie pétrolière nationale.

Une procédure incontournable selon la réglementation algérienne et qui durera plusieurs mois. Mais on voit mal Sonatrach refuser cette cession.

Dans ce cas, il y a déjà un précédent. Total en rachetant le danois Lasmo devenait également détendeur de ses actifs en Algérie, à savoir des intérêts dans les mêmes champs, HBNS, Ourhoud et El Merk.

Selon nos sources, Sonatrach n’a pas exercé son droit de préemption et a donc donné son feu vert à cette cession.

Du coup, Chevron et Total pourraient devenir les principaux partenaires de Sonatrach dans ces importants gisements.

Si on ajoute les champs gaziers, les plus gros en partenariat, In Amenas et In Salah, détenus par BP en association avec Sonatrach, ce sont trois majors parmi les plus grandes compagnies pétrolières dans le monde qui risquent de détenir les plus gros actifs pétroliers et gaziers du pays, Chevron, Total et BP.

Une redistribution des cartes dans le secteur pétrolier s’est effectuée ces dernières années au détriment de compagnies étrangères indépendantes comme Anadarko ou de groupes de dimension plus modeste.

La compagnie italienne Eni et Cepsa, détenue par un fonds émirati, détient dans une moindre mesure des intérêts également importants.

Les Asiatiques représentées par la chinoise CNPC (projet de développement du champ de pétrole d’El Mzaid) et la thailandaise PTTEP (projet de développement du champ de brut de Hassi Bir Rekaiz) et l’Indonésienne Pertamina représentent des intérêts moins importants.

A noter que Chevron s’était intéressé au marché algérien mais n’avait jamais sauté le pas. En cas de feu vert de Sonatrach et au cas où Chevron ne décide pas de faire entrer les actifs algériens dans sa vaste opération de vente de ses actifs programmée en 2020-2022, la compagnie américaine va sans doute reprendre les discussions entamées avec Anadarko sur une extension de la durée des contrats, notamment sur HBNS qui expire en 2023.

Mais sans doute, Chevron sera également courtisé dans le domaine du pétrole et du gaz de schiste. Chevron est l’un des plus grands producteurs de pétrole de schiste aux Etats-Unis.

A travers son acquisition d’Andarko, il cible son développement dans le schiste aux Etats-Unis et de devenir le premier producteur de pétrole de schiste américain.

L’Algérie pourrait solliciter son expertise. Mais là, comme pour Exxon Mobil intéressé, deux conditions doivent être réunies : un cadre réglementaire plus attractif et un consensus sur la nécessité d’exploiter le gaz de schiste.

Mais n’oublions pas qu’Anadarko tire le plus gros profit dans ses activités en Algérie. Sur quatre milliards de dollars de transferts des compagnies étrangères au titre du profit oil, Anadarko accapare la plus grosse portion suivi par l’ENI et Cepsa.

En cas de feu vert de Sonatrach, Chevron va bénéficier de cette manne. Mais ce qu’il faut craindre de ces multinationales, c’est que fort de leurs intérêts, ils puissent exercer une grande influence sur la prise de décision dans le secteur.

Et quand on sait l’importance de la branche hydrocarbures dans l’économie nationale, le risque d’une aliénation de la souveraineté nationale n’est pas à exclure. A moins de fixer des règles claires qui favorisent leurs investissements mais également la préservation des intérêts nationaux.

Il faut savoir enfin que l’Algérie a produit, selon les chiffres de Sonatrach, 48 millions de tonnes de pétrole brut en 2018. Plus de 40 % de cette production est assuré par les partenaires étrangers en association avec Sonatrach, soit 20,7 millions de tonnes.

Depuis 2010, l’Algérie enregistre un recul des investissements étrangers dans le secteur pétrolier. Avec un cadre réglementaire plus attractif, via la promulgation de la nouvelle loi sur les hydrocarbures, d’autres compagnies étrangères vont sans doute s’engager dans le pays, permettant une réelle diversification de nos partenaires ainsi qu’une plus grande compétitivité et partant une relance des investissements.

Mais encore faut-il que l’Algérie règle rapidement la crise politique sans laquelle il est vain de s’attendre à un regain de l’investissement étranger dans le pays et dans un secteur pétrolier plus performant.

Source Reporters dz

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